Rien n'est présent que l'amour. La vérité, il l'est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de la pesanteur, sans y prendre garde.
Que des millions d'hommes se soient nourris de son nom, qu'ils aient peint son visage avec de l'or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie: sa parole n'est vraie que d'être désarmée.
Sa puissance à lui, c'est d'être sans puissance, nu, faible, pauvre - mis à nu par son amour, appauvri par son amour. Telle est la figure du plus grand roi d'humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice.
Le monde ne pouvait pas l'entendre. Le monde n'entend que là où il y a un peu de bruit ou de puissance.
L'amour est un roi sans puissance, Dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.
Christian Bobin, L'homme qui marche, Le temps qu'il fait, 1995
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